Enfants du monde

février 11th, 2008 by Dæmonia

Nous étions entassés à dix dans la jeep; les cinq canadiens, Kamrul, notre musicien népalais, un Père bengalais, un ami bengali, notre conducteur et Sœur Thérèsa. C’est cette dernière qui nous avait invités à venir voir « ses » enfants, leur maison étant située à moins de cinq minutes de voiture du Centre. Nous sommes arrivés en même temps qu’un auto-rickshaw, une petite voiture à trois roues qui tiens lieu de taxi populaire partout en Inde. Les enfants commencèrent à sortir un après l’autre de la minuscule voiturette : un, deux, trois, quatre, cinq… dix… quinzaine en tout! Comment avaient-ils fait pour s’entasser ainsi?

Aussitôt qu’elle a aperçu le premier d’entre eux, le visage de Sœur Thérèsa s’est littéralement illuminé. Elle était tellement impatiente de les voir, qu’elle s’est précipitée à leur rencontre sans même attendre que notre jeep soit complètement arrêtée.

Quelque temps après, nous avons tous rejoint Sœur Thérèsa dans la grande cour où jouaient les enfants. Les petits voyageurs avaient eu le temps de se changer, de retrouver les souliers oubliés dans le rickshaw et de prendre une collation rapide. L’excitation était à son comble, car la nouvelle avait déjà circulé que des étrangers venaient les visiter!

Que les enfants soient canadiens ou indiens, ce sont enfants : curieux, fiers, enjoués, ayant soif d’apprendre et exultant la vie par tous les pores de leur peau. Avant même que nous ayons pris place, les enfants s’étaient déjà mis en en ligne pour chanter des chansons et nous présenter des danses qu’ils avaient appris à l’école où qu’ils avaient inventées eux-mêmes.

Sœur Thérèsa me signala du doigt l’une des jeunes filles qui se tenait au centre du groupe et qui était l’une des plus énergiques et des plus exubérantes de toutes. « Elle est née dans un temple, m’expliqua-t-elle. Sa mère était une prostituée qui est morte peu après sa naissance. C’est sa grand-mère qui l’a amenée ici; elle vient la visiter une fois tous les trois mois, environ. » Elle me montra ensuite les différents bâtiments : le dortoir des filles, à côté de la cuisine; celui des garçons, dans le bâtiment adjacent; l’infirmerie, où se trouve une dame qui s’occupe des enfants. Ceux-ci, explique-t-elle, ont besoin d’une surveillance constante; ils se sentent parfois très fatigués ou un peu malades. Lorsqu’ils vont trop mal, on les envoie à l’hôpital d’Hyderabad, et ils reviennent quand ils se sentent un peu mieux. Les femmes qui travaillent ici ont droit à une semaine de congé par année; l’une d’entre elles est justement partie visiter sa famille.

Pendant ce temps, Kamrul avait sorti sa flûte et son harmonica, au grand bonheur des enfants, qui s’arrachaient littéralement les instruments. Ensuite, Kamrul leur appris à faire des mimes et de petits tours de magie, pour leur plus grand plaisir.

J’ai alors remarquai un petit garçon qui avait profité de l’agitation générale pour s’isoler avec la flûte. Inlassablement, encore et encore, il essayait d’en sortir des sons, sans se décourager, ni perdre patience, il réessayait encore et encore. Il semblait un peu fatigué, et son visage semblait recouvert d’un fin voile gris. « Celui là est malade. » m’a confié Sœur Thérèsa.

Je me suis installée à coté de lui pour lui offrir quelques conseils de flûtiste, mais tout un groupe d’enfants enthousiastes sont aussitôt venus nous rejoindre. Quelques-uns voulaient savoir si j’avais apporté un appareil pour les prendre en photo, et d’autres tentaient de m’impressionner au moyen des tours de magie que Kamrul venait tout juste de leur apprendre.

Nous avons partagé les jeux de ces enfants pendant environ une heure avant de reprendre la route vers le Centre de Bala Vikasa, mais pas avant que Sœur Thérèsa nous avoue, une petite note de tristesse dans la voix, qu’ils avaient déjà perdu trois de leur pensionnaires. « Nous ne savons jamais pendant combien de temps ils seront parmi nous. De plus, quand le résultat des tests est négatif, nous les envoyons dans un autre centre, car nous ne gardons ici que les positifs. » Les infirmières qui s’occupent des enfants sont également porteuses du VIH.

En partant, Kamrul a laissé derrière lui son harmonica et sa flûte afin que, assis sous un arbre, un petit garçon sidéen puisse continuer à apprendre la musique.

Un petit garcon apprends a jouer de la flute...

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3 réponses

  1. Erik

    C’est vraiment très très touchant! Tu vas retourner voir les petits pendant ton séjour là-bas? =)

  2. Pierre-Luc Daoust

    Ça fait vraiment chaud au coeur de voir que ces enfants trouvent quand même du plaisir à la vie malgré la fatalité qui les attend.

  3. Eros Thanatos (une Chouette ^^)

    C’est fort :’)

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