Quand le présent et le passé se heurtent…
Les Allemands ont-ils le droit d’afficher, voire même seulement d’avoir, une fierté nationale? Ici, à Berlin, poser une telle question, c’est pratiquement y répondre. La fierté nationale sonne comme une condamnation. Parmi les immeubles que l’on peut voir à Berlin, très peu remontent à la période nazi ou à toute période antérieure. Pratiquement tout le patrimoine architectural de la ville a été détruit par les deux grandes guerres et le peu qui reste a été défiguré. Des grues s’affairent jour et nuit à construire une nouvelle ville, soit en édifiant de nouveaux bâtiments, soit en restaurant de plus anciens. Un ami m’a rapporté les paroles d’un guide selon qui si vous visitez Berlin une année et que vous revenez l’année suivante, vous découvrez une ville totalement différente.
La plupart des gens que je croise dans la rue sont trop jeunes pour avoir connu la guerre. Pourtant, le sombre nuage des horreurs du passé semble flotter en permanence au-dessus de la ville. On peut encore apercevoir ici et là quelques rares et discrets vestiges du mur, protégés des vandales et des touristes par des clôtures métalliques. La porte de Brandebourg semble encore conserver la mémoire et résonner des pas de tous les soldats qui y sont passés. Un mémorial dédié aux millions de juifs exterminés dans les camps de concentration rappelle cette page ignominieuse de l’histoire universelle. Dans les cours d’histoire, on fait en sorte que les jeunes Allemands n’oublient pas que leurs ancêtres ont joué le rôle de bourreaux, et sont donc les « méchants » de l’histoire. Il est encore impossible pour les Allemands de faire preuve de nationalisme ou même de se montrer fiers des réalisations d’avant la guerre ou actuelles de leur pays sans risquer de se faire taxer de néo-nazis.
Il n’est évidemment pas question de nier de quelque façon que ce soit l’horreur des déportations, des camps de concentration et des exactions de toutes sortes commises pendant la Seconde Guerre mondiale par les générations précédentes, mais dans quelle mesure les enfants du vingt-et-unième siècle doivent-ils être punis pour les erreurs du passé? Dans combien de générations les Allemands pourront-il être libérés de cet écrasant fardeau?
Malgré cela, l’Allemagne est un pays magnifique qui est peuplé de gens agréables et amicaux. De tous les pays étrangers que j’ai eu l’occasion de visiter jusqu’à présent, l’Allemagne est sans doute le seul où je pourrais très bien envisager de déposer mes bagages pour m’y installer pendant une période relativement prolongée. Je parle bien entendu de la partie ouest de l’Allemagne, car je n’ai pratiquement rien vu de la partie est qui vivait encore assez récemment sous un régime communiste, et qu’on m’a affirmé être très différente du reste du pays. Quoique si ce que j’ai pu en voir, du côté est de Berlin, est représentatif de cette partie du pays, je dois dire que j’ai été frappée par la ressemblance entre la fameuse « architecture communiste » et bien des immeubles à bureaux ou à appartements que l’on peut voir un peu partout en Amérique du Nord.
Posté le 30 avril 2008 dans la catégorie General par Dæmonia.
Commentaires: 2
Je tiens tout de suite à le dire, avant qu’on me pose la question: je n’ai aucune photo de Berlin. Je n’y ai passé qu’une seule journée, et il pleuvait. Meilleure chance la prochaine fois!
C’est dommage…
Enfin, ton blogue est toujours aussi intéressant! Merci de nous livrer tes observations et tes réflexions.