Quand le présent et le passé se heurtent…

30 avril 2008 / Auteur: Dæmonia

Les Allemands ont-ils le droit d’afficher, voire même seulement d’avoir, une fierté nationale? Ici, à Berlin, poser une telle question, c’est pratiquement y répondre. La fierté nationale sonne comme une condamnation. Parmi les immeubles que l’on peut voir à Berlin, très peu remontent à la période nazi ou à toute période antérieure. Pratiquement tout le patrimoine architectural de la ville a été détruit par les deux grandes guerres et le peu qui reste a été défiguré. Des grues s’affairent jour et nuit à construire une nouvelle ville, soit en édifiant de nouveaux bâtiments, soit en restaurant de plus anciens. Un ami m’a rapporté les paroles d’un guide selon qui si vous visitez Berlin une année et que vous revenez l’année suivante, vous découvrez une ville totalement différente.

La plupart des gens que je croise dans la rue sont trop jeunes pour avoir connu la guerre. Pourtant, le sombre nuage des horreurs du passé semble flotter en permanence au-dessus de la ville. On peut encore apercevoir ici et là quelques rares et discrets vestiges du mur, protégés des vandales et des touristes par des clôtures métalliques. La porte de Brandebourg semble encore conserver la mémoire et résonner des pas de tous les soldats qui y sont passés. Un mémorial dédié aux millions de juifs exterminés dans les camps de concentration rappelle cette page ignominieuse de l’histoire universelle. Dans les cours d’histoire, on fait en sorte que les jeunes Allemands n’oublient pas que leurs ancêtres ont joué le rôle de bourreaux, et sont donc les « méchants » de l’histoire. Il est encore impossible pour les Allemands de faire preuve de nationalisme ou même de se montrer fiers des réalisations d’avant la guerre ou actuelles de leur pays sans risquer de se faire taxer de néo-nazis.

Il n’est évidemment pas question de nier de quelque façon que ce soit l’horreur des déportations, des camps de concentration et des exactions de toutes sortes commises pendant la Seconde Guerre mondiale par les générations précédentes, mais dans quelle mesure les enfants du vingt-et-unième siècle doivent-ils être punis pour les erreurs du passé? Dans combien de générations les Allemands pourront-il être libérés de cet écrasant fardeau?

Malgré cela, l’Allemagne est un pays magnifique qui est peuplé de gens agréables et amicaux. De tous les pays étrangers que j’ai eu l’occasion de visiter jusqu’à présent, l’Allemagne est sans doute le seul où je pourrais très bien envisager de déposer mes bagages pour m’y installer pendant une période relativement prolongée. Je parle bien entendu de la partie ouest de l’Allemagne, car je n’ai pratiquement rien vu de la partie est qui vivait encore assez récemment sous un régime communiste, et qu’on m’a affirmé être très différente du reste du pays. Quoique si ce que j’ai pu en voir, du côté est de Berlin, est représentatif de cette partie du pays, je dois dire que j’ai été frappée par la ressemblance entre la fameuse « architecture communiste » et bien des immeubles à bureaux ou à appartements que l’on peut voir un peu partout en Amérique du Nord.

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8 avril 2008 / Auteur: Dæmonia

Otan en emporte le vent…

/ Auteur: Dæmonia

Lorsque l’on ne planifie pas un voyage dans ses moindres détails, on se réserve bien sûr de belles surprises, mais on s’expose également à certains contretemps. Nous avions établi l’objectif : la mer Noire, où du moins la destination la plus à l’Est que le temps (et notre passe de train) nous permettrait d’atteindre. Pour ce qui est de l’itinéraire et de la durée de nos arrêts dans chaque ville, nous avions préféré nous en remettre à l’inspiration du moment. Oui mais voilà, cette stratégie ne nous permettait pas de tenir compte des divers festivals, congés fériés ou autres événements de l’actualité susceptibles de contrarier nos projets.

Passons sur le cas de la Suisse où des voyageurs mieux informés auraient sans doute su que pratiquement tout est fermé le dimanche. Ce n’était pas planifié, mais ça a définitivement ajouté au charme de notre visite là-bas, puisque nous n’étions pas importunés par la foule ou les autres touristes. Après tout, nous n’avions pas de sites particuliers à visiter et nous avons pu jouir de la tranquillité des rues presque désertes, entendre le son des carillons en provenance des nombreux clochers d’église et observer les passants endimanchés qui revenaient de la messe.

La ville de Bucarest nous réservait toutefois une surprise d’un tout autre ordre. Déjà dans le train, alors qu’on contrôlait nos passeports pour la troisième fois et que l’on fouillait nos bagages pour la deuxième fois (alors que nous n’étions même pas descendus du train!), nous avons commencé à ressentir un certain malaise. À la sortie de la gare, deuxième choc, il y avait des policiers partout! À chaque intersection nous pouvions en compter entre quatre et dix; les rues étaient étonnamment désertes, lorsqu’elles n’étaient pas carrément interdites à toute circulation. Impossible de prendre la moindre photographie sans se faire dire que c’était strictement interdit. Impossible de s’arrêter un instant pour trouver notre chemin ou pour observer le paysage sans se faire avertir de circuler. Nous avons même eu droit à un nouveau contrôle de nos passeports et à une autre fouille de nos bagages, parce que nous nous étions simplement arrêtés pour consulter l’horaire de l’Opéra!

Ce n’est qu’en arrivant à l’hôtel que nous avons découvert le pot aux roses. Ceux qui suivent l’actualité de près auront sans doute compris que nous étions arrivés à Bucarest en plein Sommet de l’Otan!

Pour être franche, cette omniprésence policière, un temps grisâtre, de nombreux bâtiments en ruine, des rues et des trottoirs complètement défoncées, des habitants à l’allure plutôt misérable, l’absence de tout attrait touristique (accessible), tout cela m’a laissé une bien triste impression de la capitale de la Hongrie. Quelle déception après les splendeurs de Budapest, que nous venions tout juste de quitter!

La reine du Danube

/ Auteur: Dæmonia

Mon coup de cœur parmi les villes européennes visitées depuis le début de ce voyage : Budapest! Je suis instantanément tombée amoureuse de cette ville. Construite sur les berges du majestueux Danube bleu, cette ville présente tous les charmes des autres belles villes européennes : architecture raffinée, rues pavées, propreté irréprochable et accès à tous les services modernes, mais, en plus, dans ce doux mélange de moderne et d’ancien, on sent déjà l’influence de la culture slave. Ses monuments anciens d’une grandeur et d’une splendeur incomparables sont mis en valeur par les reflets du fleuve ou l’éclairage nocturne. Les gens sont souriants, de charmantes boutiques se découvrent un peu par hasard sous l’intersection des rues, dans des chemins souterrains permettant de traverser les grandes artères sans soucis; les petits restaurants et les bars sympathiques. À notre grand étonnement, presque tout le monde à qui nous avons adressé la parole, de l’employé de gare au simple passant, pouvait s’exprimer dans un anglais fort convenable, avec un accent presqu’inexistant. De plus, le coût de la vie est inférieur à bien d’autres cités européennes. À notre plus grand regret, nous n’avons pu passer que quelques heures dans cette ville magnifique, juste de quoi nous mettre l’eau à la bouche, et nous avons dû reprendre notre course vers la mer Noire. Nous nous sommes toutefois promis de revenir à Budapest à la première occasion et, cette fois, d’y passer au moins quelques jours.

Minutie et précision

7 avril 2008 / Auteur: Dæmonia

Nous n’avons passé que quelques heures dans les paysages magnifiques de la Suisse, mais, sans doute parce que nous les recherchions, inconsciemment ou non, nous avons quand même eu le temps d’observer la plupart des stéréotypes associés à la Suisse. Le tic-tac omniprésent des horloges, des pendules, des coucous et des montres de luxe, en vente partout et décorant toutes les églises, ainsi qu’une grande majorité de bâtiments; les fameux couteaux suisses, qui tiennent d’avantage de la boîte à outil complète que du couteau, avec lampe de poche et horloge intégrés; des paysages de montagnes époustouflants, etc. La Suisse m’a laissée l’impression d’un pays très chic, très propre et… très cher.

Au cours de la journée, nous avons visité deux villes : Zurich, la métropole, et Lucerne, une ville voisine réputée pour ses murailles médiévales. Ce qui est le plus remarquable dans l’architecture de ces deux villes, c’est la façon dont on a su harmoniser l’ancien et le moderne. Les deux styles se fondent l’un dans l’autre dans une parfaite continuité. Les ruelles suivent un parcours assez étonnants, elles se croisent toujours en lignes brisées, rarement à angle droit, et elles découpent ainsi des places aux formes les plus incongrues. Comme bien des endroits en Europe, les façades sont richement décorées; mais plutôt que de privilégier les fresques et les sculptures pour embellir les bâtiments, on les recouvre principalement de peintures très soignées et détaillées.