Arts et spectacles

21 mars 2008 / Auteur: Dæmonia

Bien que je sois redescendue sous des latitudes plus chaudes, mon arrivée à New Delhi fut comme une bouffée de fraîcheur dans mon voyage. En effet, de toute les villes indiennes que j’ai eu l’occasion de visiter jusqu’à présent, il s’agit de la plus « moderne ». Même s’il y a presque autant d’habitants à New Delhi qu’à Kolkata, puisque la superficie de la ville est beaucoup plus grande on y ressent moins la surpopulation qui peut être si oppressante ailleurs en Inde. Les Britanniques, qui voulait faire de cette ville la nouvelle capitale de l’Empire Britannique des Indes, ont tracé en grande partie le plan de la cité, de sorte qu’elle est beaucoup plus ordonnée que d’autres. De plus, on ne retrouve pas à New Delhi d’abris de fortune et de tentes, car ils sont davantage concentrés dans la partie plus ancienne de la ville, le « Old » Delhi, construite bien longtemps avant le « New ».

Dans cette ville, j’ai été accueillie à l’appartement de Sonia, une employée de SOPAR, et de son amie Dali. Sonia et Dali sont venues en Inde afin de se perfectionner en Kathak, une danse traditionnelle du Nord de l’Inde. J’ai donc eu droit à des spectacles « privés », pendant leurs répétitions, et elles m’ont permis de les accompagner à un récital offert en l’honneur d’un des plus grands artistes de l’Inde : Pt. Birju Maharaj.

Le Kathak est bien plus qu’une simple danse : c’est un exercice autant musical que corporel où les danseurs (conteurs) miment des textes sacrés. Des plus grands mouvements des bras et des jambes, au moindre déplacement ou hochement de la tête, jusqu’à la direction du regard, tout a une signification bien précise. Afin d’ajouter un élément rythmique à la danse, on fixe des rangées de clochettes aux chevilles des danseurs, et ces derniers produisent des claquements secs de la plante du pied. La danse engendre ainsi une musique qui est propre à chaque groupe de danseurs. Les danses les plus populaires rappellent l’histoire de divers « Dieux » hindous, ou parfois retrace des scenes de la vie courrante. Le spectateur averti reconnaît dans un petit geste de la main le Dieu Shiva qui joue de la flute, un arbre qui se balance dans le vent, un animal mythique comme le paon, symbole de l’Inde, ou encore un homme qui courtise une femme. Les variations sur un même thème sont infinies.

L’enchaînement de mouvements apparemment simples et de mouvements plus compliqués, le rythme produit par les clochettes, les claquements de pied et la musique des instruments typiquement indiens se combinent pour créer un ensemble absolument envoûtant qui est très impressionnant, même pour le néophyte. Pour devenir un danseur de Kathak accompli il faut, en plus de savoir danser, savoir jouer la comédie et chanter à la perfection. Pour certaines danses, il faut d’abord présenter le « rythme » sur lequel les pas seront exécutés. Cette danse traditionnelle demeure très populaire en Inde et on l’intègre souvent aux films à succès de Bollywood, quoique dans ce cas le sens symbolique de la danse soit complètement évacué au profit de son aspect strictement visuel.

En cuisine

/ Auteur: Dæmonia

On ne peut veritablement decouvrir un pays en profondeur qu’en explorant sa culture ; et tres souvent la nourriture est une importante part de celle-ci. Cette affirmation s’applique particulièrement bien à l’Inde, dont la cuisine contribue fortement au dépaysement du visiteur. En effet, difficile de ne pas se sentir deboussolé lorsque l’ont se retrouve devant un menu comprenant des plats portant des noms tel que de dosa, paneer, dal, masala, pickles ou autres qui, même lorsqu’ils semblent familiers, cachent souvent de grandes surprises. Heureusement, pour vous guider dans votre choix, le menu est généralement divisé en deux grandes catégories : « veg » et « non-veg ». Si vous avez de la chance, la catégorie « non-veg » pourra être subdivisée en « Mutton » (qui est en fait de la viande de chèvre), « fish » et… « food ».

Au petit déjeuner, on vous offrira généralement un mélange de légumes salés bouillis, de la purée d’arachide et/ou de pois chiches, ou autres plats bien épicés. Les pauvres petits occidentaux que nous sommes avons rapidement battu en retraite pour nous rabattre sur des céréales additionnées de lait chaud (pasteurisé sur place) à 5,4 % de matière grasse. En ce qui a trait aux desserts, on nous offrait généralement des fruits : melons, pommes grenades (déjà égrainées), bananes et papayes. Au dire des autres Canadiens (je n’ai malheureusement pas souvenir d’en avoir mangées avant d’arriver ici), les papayes indiennes sont cent fois plus gouteuses que celles qu’on nous offre au Québec. La fraîcheur et la proximité y sont sans doute pour quelque chose. Les autres desserts « typiquement indiens » que nous avons eu l’occasion de goûter à Warangal étaient tellement assaisonnés à la cardamome (une épice originaire de Malabar) qu’il était difficile de les distinguer les uns des autres. Ces desserts sont aussi généralement très sucrés et légèrement vanillés. Pour ma part, je me suis concocté m’a propre recette de dessert. J’ajoute simplement du sucre au curd (yogourt nature) ainsi que des fruits ou du riz, ce qui me donne un goûter léger agréablement rafraichissant pour le palet!

Évidemment, d’une région à l’autre, la nourriture sera tout à fait différente et votre estomac devra repartir à zéro. Il y a cependant certaines constantes. Le riz notamment (particulièrement dans la partie sud de l’Inde) forme la base de la quasi totalité des repas, y compris ceux servis au petit déjeuner. On ajoute souvent au riz des « pickles » (légumes bouillis conservés dans le vinaigre), du curd ou du dal, sorte de bouillie de pois chiches qui se décline en autant de variantes qu’il y a de cuisiniers en Inde.

Si vous allez au restaurant, n’oubliez pas de demander spécifiquement que l’on vous apporte des ustensiles, lesquels se résumeront habituellement à une cuillère. ; mais il est aussi tres frequents qu’ils n’aient rien a vous offrir. Si toutefois un tel ustensile n’est pas disponible, ce qui est très fréquent, vous devrez faire comme les locaux. Commencez d’abord par bien vous lavez les mains (un lavabo ou un plat d’eau chaude additionnée de lime se trouve généralement à proximité), puis plonger hardiment votre main droite dans l’assiette. Melangez tout : sauce, legume, riz… ne soyez pas gené, mettez la totalité de la main a contribution (si vous avez besoin de tenir votre verre ou tenir votre assiette, vous pourrez toujours utiliser la main gauche. L’important, c’est de ne JAMAIS utiliser la main gauche afin d’apporter la nourriture a votre bouche). Faites tout ce que votre mère vous a toujours interdit, salissez-vous, amusez-vous ! Une fois que tout est bien melangé (mieux que ce qu’il ne sera jamais possible de faire avec des ustensiles, selon l’avis indien), faites de grosses boules de riz que vous enfoncer dans votre bouche grâce a votre pouce. Essayez, vous verrez : c’est facile, amusant et très salissant!

En foret

/ Auteur: Dæmonia

Encore une fois, j’ai eu un doute sur le moyen de transport que j’avais choisi. Était-ce vraiment judicieux de prendre l’autobus plutôt que le train? Bien sûr, c’était moins cher et plus pratique, mais du point de vue confort et sécurité, on repassera. Premièrement, cet autobus est une véritable machine à vibrations et l’espace manque cruellement; deuxièmement, la durée du trajet est tout aussi longue si l’on tient compte des nombreux arrêts pour prendre le thé (« chai ») et pour le dîner (soit une durée totale de 8 heures); et troisièmement, le conducteur conduit conformément aux règles de conduite indiennes (voir l’un de mes premiers articles), et ce, malgré le fait que les routes sont particulièrement étroites, dans un piteux état, et que le moindre dérapement risque de nous expédier au bas de la montagne, par la voie la plus directe, à plusieurs centaines de mètres en contrebas. Étant assise près de la fenêtre, je peux vous assurer que je surveillais le bord des précipices de très près! Je suis néanmoins arrivée à destination en un seul morceau, et j’en remercierai les Dieux indiens dans le prochain temple que j’aurai l’occasion de visiter… Neanmoins, je me suis rendue, et en un seul morceau – c’est l’important, n’est-ce pas ?…

De plus, j’ai enfin pu d’apercevoir cette fameuse « Inde sauvage », celle de Kipling, dont je commençais sérieusement à douter de l’existence. En effet, comment des animaux tels que des tigres ou des éléphants pourraient-ils vivre en liberté dans un pays ou même les montagnes semblent être surpeuplées? Il est vrai que j’avais effectué de nuit la plus grande partie du trajet entre Hyderabad et Kolkata, ainsi qu’entre Kolkata et Siliguri. Les inconforts de ce long trajet en autobus en valaient donc la peine, car j’ai finalement eu l’occasion de voir certains des plus beaux paysages sauvages de mon voyage. La superbe (bien que quelque fois un peu effrayante) vallée sous Darjeeling, la jungle luxuriante, des rivières époustouflantes, ainsi que de véritables armées de singes!

En montagne

/ Auteur: Dæmonia

L’endroit est tellement calme ici, que l’on a peine à croire que l’on se trouve encore en Inde. Les vendeurs demeurent tranquillement derrière leur comptoir en attendant qu’on vienne examiner leurs marchandises. Il n’y a pas de mendiants, à l’exception de jeunes enfants de bonne famille qui vous demandent poliment et dans un parfait anglais de leur donner 10 roupies ou un cornet de crème glacée. Il y a très peu de circulation, hormis quelques taxis à l’allure de mini-autobus et, bien entendu, les fameuses jeeps collectives qui font office d’autobus publiques. La règle de base pour les conducteurs de ces véhicules est qu’il y a toujours de la place pour un passager supplémentaire, et ce, même lorsqu’il y a déjà six personnes assises sur le banc avant, huit sur le banc arrière, et trois autres à l’extérieur du véhicule qui se tiennent debout sur le pare-choc arrière. Cette quasi absence de trafic a pour conséquence que le niveau sonore en ville est très bas, à tel point que lors de la première nuit que j’ai passé à l’hôtel dans cette ville, j’ai eu de la difficulté à m’endormir, car mes oreilles bourdonnaient tellement elles avaient de la peine à s’adapter au silence. Il ne faut toutefois pas croire que la ville est peu peuplée. En effet, la densité de la population y est très forte puisque l’on compte 107 530 habitants dans une ville que l’on peut facilement parcourir à pied en moins de deux heures.

Une autre différence frappante ici : la quantité de chiens domestiques. Cette remarque peut sembler un peu etrange, a moins d’avoir déjà visiter une ville Indienne. En effet, l’animal le plus commun en Inde, plus que n’importe quel autre animal – vaches, chèvres ou singes – est le chien sauvage. Il s’agit d’un grand chien au poil très ras et à la queue généralement longue et pointue, ou parfois poilue et recourbée. Ces chiens sauvages se promènent souvent en groupes de deux à cinq adultes, ou alors il s’agit d’une chienne suivie de sa portée de petits chiots. Même s’ils ne craignent pas l’être humain, ces chiens ne recherchent pas non plus leur compagnie et ils se montrent rarement agressifs. Pour leur part, les Indiens se montrent généralement indifférents à la présence de leurs voisins canins, quoiqu’il arrive qu’ils leur lancent des pierres pour les éloigner des déchets.

Bien que ce type de chien soit aussi present ici, il est largement surpassé par la population de chiens domestiques. Même s’ils se promènent très librement dans la ville, le fait que ce sont généralement des animaux de race ou qu’ils portent un collier ne laisse aucun doute sur leur appartenance réelle.

Outre le froid, ce qui est plutôt inhabituel pour l’Inde, le principal défaut de Darjeeling est la difficulté de s’y retrouver. Les points de repère sont en effet très rares et les cartes sont peu utiles, soit qu’elles sont imprécises, soit qu’on n’y mentionnent pas le nom des rues ou alors on le fait de façon totalement incompréhensible. De toute manière, il n’y a généralement pas de panneaux pour indiquer le nom des rues. En fait, le seul type de carte qui pourrait être d’un certain secours ici serait une carte typographique. Je sais notamment que mon hôtel est situé tout en haut de trois collines successives; que le zoo est le point le plus bas de la ville; que la rue qui monte à partir de la tour de l’horloge est la rue Zeilmer; et que celle qui en descend est la rue qui mène au parc. Un autre élément qui n’est pas mentionné sur les cartes, ce sont les escaliers dissimulés entre les bâtiments, lesquels permettent de passer beaucoup plus facilement d’un côté de la ville à l’autre. Une fois ce petit truc découvert, la ville devient soudainement beaucoup plus accessible !

Darjeeling

/ Auteur: Dæmonia

Chaque fois que l’on change de ville, en Inde, c’est comme si l’ont changeait d’univers. Je suis presentement a Siliguri (ou, tout du moins, quelque part entre NJP et Siliguri), a attendre que la « jeep collective » qui m’amenera a Darjeeling se remplisse. Il est encore tot le matin et les rues se reveillent lentement. Des hommes commencent a ouvrir leur boutique alors que les femmes commencent a nettoyer les rues, emmitoufflees dans de grosses couvertures de laines brodes. De jeunes enfants se rendent a l’ecole, enferme dans des autobus qui ressemblent d’avantage a des cages a poules tirer par un homme a velo qu’un veritable transport scolaire. La temperature ici et beaucoup plus froide qu’ailleurs en Inde – de la buee se forme lorsque les gens respirent. Darjeeling, a 3100 metre d’altitude, promet d’etre encore plus froide.

Le melange ethnique, toujours a dominance asiatique, semble beaucoup plus fort ici que n’importe ou en Inde. Lorsque l’on regarde la position geographique de l’endroit, ca se comprends facilement : l’Inde se reduit ici a un mince filet entourer du Nepal, du Tibet, du Bouthan et de la Chine. De ce fait, la majorite des gens que j’ai pu voir jusqu’à present presentaient davantage de traits caracteristiques du Tibet, ou parfois du Nepal, que de l’Inde.

A partir de Siliguri, differentes options permettent de se rendre a Darjeeling, ma destination. La plus populaire est generalement la « jeep collective », du fait de son cout tres bas (90 roupies pour un trajet de 2h). Comme son nom l’indique, il s’agit d’une voiture de type jeep, qui ne quitte son point de depart qu’une fois remplis a ras-bord de passagers. Une autre option, beaucoup plus agreable, est de prendre le « toy train ». Ce petit train a vapeur, un des derniers encore en fonction en Inde, relie quotidiennement Darjeeling a NJP. Le paysage incroyable qui ponctue son trajet, ainsi que l’histoire qui l’accompagne, lui a valu d’etre inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Parcontre, vous ne devez pas etre trop presser de vous rendre a destination. En effet, par ce moyen, le trajet peut prendre plus de 9h !

Pendant ce temps, j’attends toujours que la jeep se remplisse afin de quitter Siliguri. Lorsque vous voyagez seul, ce n’est peut-etre pas l’option la plus rapide, finalement…