Archive for février 2008

Et oui, cela fait déjà tout près de deux mois que je suis en Inde, et plus spécifiquement au Centre Bala Vikasa dans la ville de Warangal. Le dernier mois a été incroyablement chargé, tant au niveau des apprentissages, que des rencontres et surtout des émotions. Il y a tant de choses que j’aurais aimé vous communiquer au moyen de mon blogue! Malheureusement, le manque de temps et certains problèmes techniques m’ont souvent empêchée de vous communiquer mes aventures. Comme notre stage au Centre est maintenant terminé, nous allons bientôt passer à une autre étape de notre voyage. En effet, nos valises sont déjà prêtes, car c’est demain que nous partons visiter une autre ville indienne : Calcutta. Lorsque je dis nous, je parle d’Ashley, Guillaume, Sandrine, Gabrielle et moi, ainsi que nos amis du Bengladesh. Nous voyagerons en train, et le trajet devrait durer environ vingt-trois heures! Après Calcutta, Guillaume devra malheureusement nous quitter pour rentrer au Canada. Les autres membres canadiens de notre groupe prendront ensuite la direction de Darjeeling, une ville située encore plus au nord. Les autres étapes de notre périple ne sont pas encore parfaitement définies. Nous nous laisserons probablement porter par le vent indien!

Je tenterai dans la mesure du possible de vous faire parvenir des articles que j’ai préparés, mais que je n’ai pas encore diffusés, mais ce sera dorénavant beaucoup plus difficile, car je n’aurai pas facilement accès à un ordinateur branché sur l’Internet (ni même a un ordinateur, tout court). Je penserai néanmoins très fort à vous pendant le reste de mon voyage, et j’espère d’ailleurs que vous ne souffrez pas trop des rigueurs de l’hiver…

Bien que nous soyons en fait assez loin du centreville, voici tout de meme quelques petites choses que nous pouvons trouver au bout de la rue 🙂

Bienvenue a Warangal!
Coca-Cola version Indienne
Coca-Cola version Indienne
« Spanish Tomato Tango », « India’s Magic Masala » et « American style Cream & Onion »
'Spanish Tomato Tango', 'India's Magic Masala' ou 'American style Cream & Onion'
Croustilles de fromage épicée
Kurkure
Gâteau à l’ananas
Des patisseries au gout parfois surprenant!
Bière sans alcool (mais au pétillant inépuisable)
'Fruit beer'
Magasin de livres

Cela fait déjà une dizaine de jours que nos amis d’un peu partout dans le monde ont rejoint le Centre. Les Canadiens sont le groupe contenant le plus grand nombre de personnes provenant du même endroit, avec nos six étudiants, dont cinq Gatinois. Naturellement, c’est l’Asie qui est la plus fortement représentée avec ses 13 participants venant de différents pays d’un peu partout sur le continent. Malheureusement, les Sud-africains et les Tanzaniens ont dû déclarer forfait, car ils ne sont pas parvenus à obtenir un visa malgré quatre mois de démarches acharnées, mais infructueuses.

La présence de tous ces gens, de concert avec le début des cours, a grandement modifié notre routine et l’atmosphère de travail au Centre. Parmi nos nouveaux compagnons, il y a des Népalais qui sont plutôt discrets, dû au fait qu’ils ne maîtrisent pas très bien la langue anglaise. Les Bengalis, par contre, sont très exubérants, toujours prêts à rire et à sociabiliser. De leur coté, les Indiens du nord semblent éprouver de la difficulté à s’habituer à la nourriture beaucoup plus épicée de la cuisine du Sud. Le groupe du Srilanka s’est mérité le surnom de « Boys Band » à la suite d’une mémorable prestation musicale. Il y a aussi quelques employés du Centre qui suivent les cours afin de parfaire leurs connaissances dans différents domaines. Même si certaines de ces personnes proviennent de la même région, voire de la même ville, à part quelques rares exceptions, elles ne se connaissaient pas avant leur arrivée au Centre. Mis à part les Canadiens, ce sont tous des travailleurs de terrain expérimentés que leurs organisations ont envoyé ici à des fins de perfectionnement.

En plus de l’atmosphère de travail, il y a également l’ambiance à la cafétéria qui a beaucoup changé. Plutôt que quatre, nous sommes désormais une quinzaine à ne rien comprendre aux indications des cuisiniers. Il y en a aussi une autre quinzaine qui doivent habituer leur estomac à la cuisine locale qui, curieusement, est devenue passablement plus épicée depuis l’arrivée des autres étudiants. Grâce à nos nouveaux amis, nous avons aussi découvert que, contrairement à ce qu’on avait pu croire, la cuisinière est Népalaise, et non Indienne et, par conséquent, elle parle le népali et non le télougou.

Selon l’humeur des convives, les gens se regroupent parfois en différents « îlots » de tables où l’on parle la même langue ou, au contraire, tout le monde se mélange et l’on parle alors en anglais, avec bien sûr l’accent qui est propre à chaque région.

Les soirées sont également beaucoup plus animées qu’auparavant. Des groupes se forment souvent pour faire connaître aux autres les chansons de leur pays. Ashley s’est amusée à enseigner la danse en ligne. Les Srilankais ont bien tenté de nous apprendre le criquet, mais sans grand succès. Nous sortons aussi beaucoup plus souvent en ville. Les Bengalis ont démontré qu’ils étaient des négociateurs redoutables et cela malgré le fait qu’ils ne parlent pas un mot de télougou (la langue officielle de l’Andhra Pradesh). Par exemple, un chandail offert à 300 roupis a été acheté pour 120, une robe est passée de 700 rps à 200, et le prix d’un trajet en rickshaw de 400 rps à 40! Nous profitons de leur talent de marchandeurs, car si les Indiens ont beau jeu d’escroquer sans vergogne les touristes « blancs », il en va tout autrement avec leurs voisins de l’Est!

Nous étions entassés à dix dans la jeep; les cinq canadiens, Kamrul, notre musicien népalais, un Père bengalais, un ami bengali, notre conducteur et Sœur Thérèsa. C’est cette dernière qui nous avait invités à venir voir « ses » enfants, leur maison étant située à moins de cinq minutes de voiture du Centre. Nous sommes arrivés en même temps qu’un auto-rickshaw, une petite voiture à trois roues qui tiens lieu de taxi populaire partout en Inde. Les enfants commencèrent à sortir un après l’autre de la minuscule voiturette : un, deux, trois, quatre, cinq… dix… quinzaine en tout! Comment avaient-ils fait pour s’entasser ainsi?

Aussitôt qu’elle a aperçu le premier d’entre eux, le visage de Sœur Thérèsa s’est littéralement illuminé. Elle était tellement impatiente de les voir, qu’elle s’est précipitée à leur rencontre sans même attendre que notre jeep soit complètement arrêtée.

Quelque temps après, nous avons tous rejoint Sœur Thérèsa dans la grande cour où jouaient les enfants. Les petits voyageurs avaient eu le temps de se changer, de retrouver les souliers oubliés dans le rickshaw et de prendre une collation rapide. L’excitation était à son comble, car la nouvelle avait déjà circulé que des étrangers venaient les visiter!

Que les enfants soient canadiens ou indiens, ce sont enfants : curieux, fiers, enjoués, ayant soif d’apprendre et exultant la vie par tous les pores de leur peau. Avant même que nous ayons pris place, les enfants s’étaient déjà mis en en ligne pour chanter des chansons et nous présenter des danses qu’ils avaient appris à l’école où qu’ils avaient inventées eux-mêmes.

Sœur Thérèsa me signala du doigt l’une des jeunes filles qui se tenait au centre du groupe et qui était l’une des plus énergiques et des plus exubérantes de toutes. « Elle est née dans un temple, m’expliqua-t-elle. Sa mère était une prostituée qui est morte peu après sa naissance. C’est sa grand-mère qui l’a amenée ici; elle vient la visiter une fois tous les trois mois, environ. » Elle me montra ensuite les différents bâtiments : le dortoir des filles, à côté de la cuisine; celui des garçons, dans le bâtiment adjacent; l’infirmerie, où se trouve une dame qui s’occupe des enfants. Ceux-ci, explique-t-elle, ont besoin d’une surveillance constante; ils se sentent parfois très fatigués ou un peu malades. Lorsqu’ils vont trop mal, on les envoie à l’hôpital d’Hyderabad, et ils reviennent quand ils se sentent un peu mieux. Les femmes qui travaillent ici ont droit à une semaine de congé par année; l’une d’entre elles est justement partie visiter sa famille.

Pendant ce temps, Kamrul avait sorti sa flûte et son harmonica, au grand bonheur des enfants, qui s’arrachaient littéralement les instruments. Ensuite, Kamrul leur appris à faire des mimes et de petits tours de magie, pour leur plus grand plaisir.

J’ai alors remarquai un petit garçon qui avait profité de l’agitation générale pour s’isoler avec la flûte. Inlassablement, encore et encore, il essayait d’en sortir des sons, sans se décourager, ni perdre patience, il réessayait encore et encore. Il semblait un peu fatigué, et son visage semblait recouvert d’un fin voile gris. « Celui là est malade. » m’a confié Sœur Thérèsa.

Je me suis installée à coté de lui pour lui offrir quelques conseils de flûtiste, mais tout un groupe d’enfants enthousiastes sont aussitôt venus nous rejoindre. Quelques-uns voulaient savoir si j’avais apporté un appareil pour les prendre en photo, et d’autres tentaient de m’impressionner au moyen des tours de magie que Kamrul venait tout juste de leur apprendre.

Nous avons partagé les jeux de ces enfants pendant environ une heure avant de reprendre la route vers le Centre de Bala Vikasa, mais pas avant que Sœur Thérèsa nous avoue, une petite note de tristesse dans la voix, qu’ils avaient déjà perdu trois de leur pensionnaires. « Nous ne savons jamais pendant combien de temps ils seront parmi nous. De plus, quand le résultat des tests est négatif, nous les envoyons dans un autre centre, car nous ne gardons ici que les positifs. » Les infirmières qui s’occupent des enfants sont également porteuses du VIH.

En partant, Kamrul a laissé derrière lui son harmonica et sa flûte afin que, assis sous un arbre, un petit garçon sidéen puisse continuer à apprendre la musique.

Un petit garcon apprends a jouer de la flute...

On réalise bien des choses, quand on passe de la théorie à la pratique…

Depuis notre arrivée au Centre Bala Vikasa, nous avons eu l’occasion de préparer de nombreux documents, brochures, documentaires, site Web, etc. qui décrivent les différents cours dispensés par le Centre. Toutefois, c’est la première fois que nous avons la chance de suivre réellement l’un de ces cours et, croyez-moi, c’est une toute autre histoire!
Les cours sont base sur une approche très participative de la part des étudiants. Autrement dit, l’enseignement se fait en grande partie au moyen d’études de cas, de jeux de rôle, de mises en situation, de présentations et même de chansons. Cette méthode semble donner de bons résultats, surtout aupres de des personnes dont la scolarité formelle est très limitée, voir inexistante. Parcontre, pour une personne habituée à recevoir des cours magistraux, comme moi, laissez-moi vous dire que c’est plutôt déstabilisant! Une chose est toutefois certaine, nous avons tous eu énormément de plaisir.

En entrant à la cafétéria ce matin, j’ai été stupétrie d’entendre quelqu’un me lancer en bon québécois : « Toi, t’es la sœur de Paméla! ». Et moi qui croyais être toute seule à l’autre bout du monde. Comme quoi, on aura beau traverser plusieurs continents, les liens familiaux finiront toujours par nous rattraper. La situation demande quand même quelques explications. Pendant la nuit, la « famille Bala Vikasa » s’est agrandie de 21 nouveaux membres, des stagiaires de différents pays venus suivre le cours de coopération internationale. De ce nombre, il y a deux Québécoises qui ont gradué du programme international de l’école secondaire Grande Rivière en même temps que ma grande sœur Paméla. La surprise a sans doute été aussi forte pour elles que pour moi.

Deuxième surprise aujourd’hui : il n’y pas un, mais bien trois anniversaire de naissance: celui de la fondatrice, celui de la vice directrice du Centre et le mien. Il n’y a pas a dire, le cour a vraiment commencé sur une note joyeuse!

Après les longues présentations de tous les participants et de tous les enseignants du programme, notre premier cours : « Cultural and Sustainable Development » [Développement culturel et durable] a finalement commencé. Je dois cependant avouer que ça valait la peine d’attendre, compte tenu de la qualité incroyable du cours et de la richesse de son contenu. Je ne peux évidemment pas vous résumer ce cours dans le cadre de mon blogue : ce serait beaucoup trop long! Je peux cependant vous dire que ce cour expliquait admirablement bien la raison de nos échecs répétés en ce qui concerne l’intégration des membres des Premières Nations (amérindiens ou autochtones, je vous laisse choisir l’appellation qui vous plait). Il est en effet illusoire que de tenter de développer de force un peuple, sans lui demander son avis et sans chercher à comprendre sa culture. Au mieux, l’organisme survivra le temps que vous y injecterez des fonds et/ou travaillerez directement sur le terrain, puis la société reviendra à sa situation initiale; au pire (ce qui est d’ailleurs le plus probable), vous laisserez cette société dans un état bien plus déplorable qu’avant votre arrivée. Tout au long du cours, notre professeur – Rita – a fourni de nombreux exemples et contre-exemples, dont plusieurs projets auxquels elle avait elle-même participé. Les autres participants du cours, qui proviennent notamment de pays comme le Népal, la Tanzanie, l’Afrique du sud et le Bangladesh, ont également parlé de leurs propres expériences vécues sur le terrain de leur propre pays.

Bref, la journée fut hautement instructive, et je compte bien partager mon nouveau savoir lorsque je serai de retour au Québec, soit par des conférences, soit par du travail sur le terrain. Et ce n’était que la première journée de classe. Si le reste du programme est à l’avenant, ça promet d’être un apprentissage extraordinaire!

En soirée, nous avons profité de notre temps libre pour faire découvrir à nos nouvelles amies quelques endroits que nous avions déjà découverts lors de nos promenades aux alentours de Warangal. Toutefois, la pauvre Ashley se retrouve maintenant sérieusement minoritaire : sur les cinq Canadiens qui participent au programme, il y a maintenant quatre Québécois de l’Outaouais! Je me sens déjà moins mal à l’aise au sujet de mon anglais, parfois hésitant…

Bon anniversaire!