Archive for mars 24th 2008

J’ai visité la ville de Varanasi (aussi connue sous le nom de Bénarès) un peu par hasard, ou par chance. J’avais décidé de passer encore un peu de temps en Inde et j’hésitais entre les villes de Khajurâho et de Bîkaner. C’est l’agent de voyage à qui je m’étais adressée qui m’a conseillée (ou plutot imposer sans trop me demander mon avis) de prendre un billet de train à destination de Varanasi.

Varanasi est sans doute l’une des villes les plus sacrée de l’Inde. J’étais un peu appréhensive à l’idée de me rendre dans cette ville, car selon la littérature et les photos que j’avais vus, l’endroit semblait épouvantablement surpeuplé, et on n’y ménageait pas les avertissements contre les pickpockets et les rabatteurs d’hôtel, supposément plus agressifs et menteurs qu’ailleurs. Néanmoins, on peut difficilement concevoir un voyage en Inde sans une visite au Gange, un des fleuves le plus sacré (et malheureusement aussi le plus pollué) du monde. Je me suis finalement dit, qu’au pire des cas, je ne passerai qu’une seule nuit dans cette ville.

Heureusement, mes craintes ses sont avérées non fondées. Varanasi est une ville superbe. S’il est vrai que les ghâts, les escaliers menant aux rives du Gange que les Indiens utilisent pour aller se baigner dans le fleuve, deviennent effroyablement encombrés lors des cérémonies religieuses, le reste du temps ces endroits sont étonnamment calmes. Les hôtels, nombreux et relativement peu chers, offrent presque tous une vue sur le fleuve, un toit ou un restaurant terrasse avec vue panoramique. Le Gange, dont les dimensions sont véritablement impressionnantes, présente un étrange contraste entre ses deux rives. Sur l’une d’elles se trouvent d’innombrables escaliers (les ghâts), des ports, des hôtels, des temples à l’architecture soignée, alors que sur le côté opposé, on ne voit qu’une immense étendue de sable vide, ainsi que quelques rares touristes.

On peut visiter la ville de deux façons radicalement différentes, soit en longeant le fleuve par les ghâts, soit en se promenant dans les ruelles. La première méthode offre une vision simple et calme de la ville. La plupart des hôtels possèdent un escalier qui descend jusqu’aux berges du fleuve majestueux, il est très facile de s’y retrouver, l’espace est dégagé et on peut s’y balader en toute tranquillité. Il est aussi possible de louer une barque pour vraiment experimenter le fleuve.

L’autre méthode offre une vision tout à fait différente de la ville. Les ruelles étroites et surpeuplées semblent avoir été construites dans l’anarchie la plus totale et elles constituent un véritable labyrinthe. Se rendre d’un hôtel à l’hôtel voisin en empruntant les ruelles constitue un véritable exploit! À chaque détour, nous attend une nouvelle surprise. Un quartier musulman huppé côtoie des immeubles en ruines qui témoignent d’une misère extrême; dans la rue suivante, on peut tomber nez à nez avec un énorme buffle qui se balade librement malgré l’espace restreint; plus loin, on aperçoit des magasins surveillés de près par des militaires armés et en uniforme, qui affichent malgré tout un air nonchalant; derrière cet autre mur, on découvre une fabrique de saris où des enfants travaillent côte à côte avec des adultes.

Avec ses côtés plus sombres, et ses cotes plus mystique, Varanasi semble etre un veritable concentrée de la vie indienne: difficile, cruelle et sans merci; mais aussi remplie de charme, de mystère et de beaute a couper le souffle.

Mon expérience de voyage à Khajurâho n’a vraiment commencé qu’au moment d’une rencontre fortuite dans un autobus.

Je venais de passer une courte nuit en train et, dès mon arrivée à Jhansi, j’ai eu maille à partir avec un conducteur de rickshaw. Plutôt que d’accepter de me conduire à la station d’autobus comme je lui demandais, le conducteur a insisté pour me reconduire lui-même en taxi à Khajurâho pour la somme de 1 500 rps. Selon lui, et selon un ami qu’il avait fait monter au passage à bord de son rickshaw pour l’aider à me convaincre, je ne pourrais pas prendre l’autobus puisque que je n’avais pas de réservation et, même si j’y parvenais, le trajet serait épouvantablement inconfortable et beaucoup trop long. En fait, ils ont tellement insisté pour que je fasse tout le trajet dans leur taxi que j’ai décidé de sortir du véhicule et de retourner à la station de train à pied. À cet endroit, j’ai rencontré un groupe de touristes qui, même s’ils parlaient surtout le turc, auraient accepté volontiers de m’amener avec eux, mais comme ils ne se rendaient pas directement à Khajurâho, ils me débarquèrent à la station d’autobus publique (qui était quand même a une certaine distance de la).

C’est à la station d’autobus que j’ai fait la rencontre de deux Français, dont l’un venait récemment d’immigrer au Québec. Ils étaient déjà assis dans l’autobus lorsque j’y suis montée. Soit dit en passant, il n’y avait nullement besoin d’avoir une réservation pour prendre l’autobus et le billet ne coûtait que 100 rps. Pour être honnête, il est vrai que le déplacement a été long et inconfortable, mais je l’ai à peine remarqué, tellement j’étais heureuse de parler en français avec ces nouveaux compagnons de voyage qui avaient les mêmes destinations que moi, c’est-à-dire Varanasi et Khajurâho.

Khajurâho est une petite ville qui est située à l’écart des grands centres et qui est difficilement accessible. Sa principale source de revenus est l’afflux saisonnier de touristes, ce qui explique pourquoi autant d’Indiens de cette ville maîtrisent un nombre impressionnant de langues, dont l’anglais, le français, le russe et le japonais. L’approche qu’ils ont envers les touristes est également beaucoup plus agréable. De façon générale, ils se montrent plus patients qu’insistants. Ils ne réclament pas d’argent au moindre service, ce qui leur vaut d’ailleurs généralement une meilleure récompense ou une plus grande vente. En outre, les hôtels les mieux situés sont aussi les plus abordables, et de plus ils sont propres et très confortables. En résumé, la ville de Khajurâho m’a offert un répit bien apprécié après le tumulte des villes d’Agra et de Jaipur!

Un autre attrait de cette ville est qu’elle se laisse agréablement découvrir à vélo. J’ai passé la première journée à visiter des temples situés dans le sud et l’ouest de la ville, car ils sont un peu moins courus par les touristes. En ce qui a trait aux temples les plus connus, il vaut mieux se lever tôt pour éviter de se retrouver coincée dans la foule des groupes touristiques! La ville compte encore de nos jours un nombre particulièrement impressionnant de temples hindous et jain. À une certaine époque, il y en aurait eu plus de 80! En plus des temples encore debout, on peut voir dans la campagne environnante des traces d’anciens temples, sous la forme de ruines ou de talus partiellement excavés. On remarque également que bon nombre de maisons ont été construites en partie à l’aide de pierres provenant de temples.

La notoriété de la ville de Khajurâho provient en grande partie des sculptures à caractère érotique explicite que l’on retrouve dans certains de ses temples. Il ne faudrait toutefois pas croire que l’érotisme constitue le principal sujet des sculpteurs. S’il est vrai que les représentations de femmes dénudées aux formes voluptueuses sont omniprésentes, les scènes sexuelles explicites sont quand à elles plutôt rares et elles ne constituent pas le thème essentiel. Les murs tant extérieurs qu’intérieurs de ces temples à l’architecture effilée présentent un foisonnement de sculptures de tous genres et de toutes tailles qui représentent des Dieux, des animaux sacrés, des scènes de maternité ou de guerre, ou encore des motifs abstraits entrelacés… En soi, le simple fait de voir autant de temples réunis dans un espace aussi rapproché est déjà très impressionnant.