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Nous sommes arrivés à Kolkata (ville que les Britanniques appelait Calcutta) en début de soirée, après un trajet en train d’une durée de 26 heures. Nos amis Bengalis nous ont aussitôt guidés jusqu’à l’hôtel où ils avaient des réservations. L’hôtel en question était un peu plus cher que ce que nous nous attendions à payer, mais il offrait en contrepartie un certain confort et il était doté de toilettes de type occidental, qui n’étaient toutefois pas séparées des cabines de douche. Il fallait également partager la chambre avec un bon nombre de coquerelles, mais bon…
Le soir de notre arrivée, nous avons mangé dans un restaurant bengali conseillé par nos amis. Par la suite, cependant, nous nous sommes offert une journée complète de nourriture occidentale, histoire d’offrir un petit repos à nos estomacs après deux mois d’un régime à base de, de riz, de purées, de légumes salés bouillis pour le petit déjeuner et surtout de beaucoup d’épices.

Kolkata est une grande ville typiquement indienne de 4,5 millions d’habitants (14 millions si l’on considère la grande région métropolitaine). On y remarque cependant une certaine influence occidentale, car on y trouve des centres commerciaux, des gratte-ciel, le « Victoria Memorial » (un magnifique édifice en marbre blanc qui sert présentement de musée, au charme entièrement britannique), et des magasins qui ressemblent étrangement aux Chapter’s et autres Breault et Martineau de chez nous.

Toutefois, il est impossible de se croire en Occident, car la ville est incroyablement surpeuplée. Il y a du monde partout dans les rues, des taudis dans tous les endroits possibles et impossibles, des rickshaws (des vrais, ceux qui sont tirés par des hommes) à tous les coins de rue, des chiens errants dans les ruelles et des mendiants… Il faut toutefois noter que bien qu’elle soit présente, la mendicité est moins répandue qu’à Hyderabad. En fait, je crois que Kolkata compte davantage de vendeurs itinérants ou de « rabatteurs » qui travaillent pour de petits commerçants que de véritables mendiants.

En fait, le cœur de la ville est son marché couvert qui porte le nom de « New Market », car il a été construit juste à côté de l’ancien marché. Cet endroit est une véritable caverne d’Ali Baba (on y compte toutefois plus que 40 voleurs). On peut y trouver absolument TOUT ce que l’on cherche (ou ne cherche pas), et ce, à tous les prix possibles. Évidemment, n’espérez pas pouvoir magasiner en paix. Il y aura toujours quelqu’un qui voudra vous montrer un autre magasin (Kolkata T-shirt!), qui voudra vous guider jusqu’à la boutique de son frère (Come see my Silver shop!) ou qui voudra vous montrer un endroit ou vous pourrez faire de bonnes affaires (cheap Pashmina! Panchovi! Just look, don’t buy, come see!). Je me suis fait un malin plaisir à « suivre » ces rabatteurs et à leur fausser compagnie en prenant le chemin opposé à chaque fois qu’ils tournaient à une intersection. Immanquablement ils courraient à ma suite pour me ramener sur le « droit chemin ».

Bien entendu, la « bonne affaire » en question est presque toujours un objet dont le prix a été exagérément gonflé afin de payer la commission du rabatteur. Les vendeurs indiens sont incroyablement effrontés et n’hésitent aucunement à vous demander 800 roupies pour un chandail qui en vaut moins de 200 – et encore, ils vous font un prix d’amis, parce que c’est la soirée et que c’est leur heure chanceuse. Bien entendu, ce prix est fixe et non négociable, mais si vous faites mine de quitter le magasin sans rien acheter, le prix en question devient soudainement beaucoup plus souple. En résumé, avant de vous lancer dans tout marchandage, vous devez d’abord avoir une bonne idée du juste prix marchand de l’objet en question. Par la suite, il n’en tiendra qu’à vous de faire valoir vos talents pour le marchandage afin de mettre la main sur de petits trésors à des prix très intéressants.

Voici la recette (fort simple, mais immuable) pour réaliser un bon film indien.

Les ingrédients :

  1. Un héros. Celui-ci doit être très « viril », c’est-à-dire doté d’une moustache bien fournie et taillée à la perfection.
  2. Une héroïne. Celle-ci sera facilement reconnaissable, car ce sera la seule actrice de tout le film qui portera des vêtements occidentaux, d’ailleurs très moulants et seyants.
  3. Un ou plusieurs méchants, au goût.
  4. Des chansons et des chorégraphies. Celles-ci n’auront absolument rien à voir avec l’histoire, mais elles devront comporter de nombreux figurants qui sortiront d’on ne sait où.
  5. Des effets sonores. Ceux-ci devront être beaucoup trop forts et ils devront survenir à des moments stratégiques, comme pour marquer l’arrivée d’un nouvel acteur, lorsque quelqu’un reçoit une claque, après une mauvaise blague, etc. Autrement dit, a toute les deux minutes environs.
  6. Des jeux de caméra. Ceux-ci seront particulièrement étranges et ils devront généralement survenir aux moments qui sembleront les moins appropriés.
  7. Un public. Ce dernier devra être très nombreux (les Indiens adorent leur cinéma), il devra réagir fortement à la moindre scène, et il devra bien sûr être en mesure de reconnaître du premier coup d’œil et d’apprécier à leur juste mesure les acteurs principaux (ce qui n’est pas difficile, car ce sont toujours les mêmes d’un film à l’autre).

Le mode d’emploi :

Vous mélangez tous les ingrédients. Vous disposez les scènes de danse aux endroits stratégiques, c’est-à-dire dès que l’histoire semble vouloir engendrer la moindre tension sexuelle. Mise en garde : sous aucun prétexte les héros ne devront s’embrasser à l’écran. N’oubliez pas d’insérer une intermission en plein milieu du film. Vous faites exagérément gonfler le tout, et vous laissez le public mijoter pendant trois heures. Il est recommandé de servir très chaud.

Ce plat sera d’une consistance très heterogene et les saveurs indiennes seront très prononcées. Bon appétit!

Si vous voulez un avant-goût de ce que peut donner cette recette, vous pouvez visionner un extrait du film Pennin Manathai Thottu à l’adresse suivante : http://youtube.com/watch?v=yRmqZRPgK1w.
KrishnaAffiche du film

Durant notre journée de pré-formation, nous avons appris, entre chose, le code de sécurité routière en Inde:

  1. Le seul trajet acceptable est tout droit, en tout temps.
  2. Le plus gros véhicule a toujours la priorité.
  3. La personne qui a le moins à perdre (comprendre: la voiture ayant le moins de valeur) a priorité.
  4. Les vaches ont priorités sur tout.
  5. Le véhicule de transport familial par excellence: le two-wheelers.
  6. Utilisez le klaxon en tout temps. Les autres ferons de même.
  7. Dans les autobus, il y a toujours de la place pour une personne suplémentaire. Et une autre. Et une autre. Et une autre…
  8. Dans un autobus voyageur, les toilettes pour femmes sont d’un côté de la route, et celles pour hommes, de l’autre côté. Les pantalons de type « jean » sont déconseillés pour ces demoiselles.
  9. Accordez-vous toujours sur le prix d’une course en taxi avant d’entrer dans celui-ci.
  10. Lorsque vous demandez votre chemin, demandez toujours auprès d’au minimum trois personnes. Une personne qui n’a pas compris votre question vous indiquera probablement le mauvais chemin sans la moindre hésitation.

À la lumière de ces informations, le meilleur conseil que l’on puisse vous donner… N’essayez pas de conduire en Inde, choisissez un chauffeur sympathique et… accrochez-vous bien!