Archive for mars 2008

Mon expérience de voyage à Khajurâho n’a vraiment commencé qu’au moment d’une rencontre fortuite dans un autobus.

Je venais de passer une courte nuit en train et, dès mon arrivée à Jhansi, j’ai eu maille à partir avec un conducteur de rickshaw. Plutôt que d’accepter de me conduire à la station d’autobus comme je lui demandais, le conducteur a insisté pour me reconduire lui-même en taxi à Khajurâho pour la somme de 1 500 rps. Selon lui, et selon un ami qu’il avait fait monter au passage à bord de son rickshaw pour l’aider à me convaincre, je ne pourrais pas prendre l’autobus puisque que je n’avais pas de réservation et, même si j’y parvenais, le trajet serait épouvantablement inconfortable et beaucoup trop long. En fait, ils ont tellement insisté pour que je fasse tout le trajet dans leur taxi que j’ai décidé de sortir du véhicule et de retourner à la station de train à pied. À cet endroit, j’ai rencontré un groupe de touristes qui, même s’ils parlaient surtout le turc, auraient accepté volontiers de m’amener avec eux, mais comme ils ne se rendaient pas directement à Khajurâho, ils me débarquèrent à la station d’autobus publique (qui était quand même a une certaine distance de la).

C’est à la station d’autobus que j’ai fait la rencontre de deux Français, dont l’un venait récemment d’immigrer au Québec. Ils étaient déjà assis dans l’autobus lorsque j’y suis montée. Soit dit en passant, il n’y avait nullement besoin d’avoir une réservation pour prendre l’autobus et le billet ne coûtait que 100 rps. Pour être honnête, il est vrai que le déplacement a été long et inconfortable, mais je l’ai à peine remarqué, tellement j’étais heureuse de parler en français avec ces nouveaux compagnons de voyage qui avaient les mêmes destinations que moi, c’est-à-dire Varanasi et Khajurâho.

Khajurâho est une petite ville qui est située à l’écart des grands centres et qui est difficilement accessible. Sa principale source de revenus est l’afflux saisonnier de touristes, ce qui explique pourquoi autant d’Indiens de cette ville maîtrisent un nombre impressionnant de langues, dont l’anglais, le français, le russe et le japonais. L’approche qu’ils ont envers les touristes est également beaucoup plus agréable. De façon générale, ils se montrent plus patients qu’insistants. Ils ne réclament pas d’argent au moindre service, ce qui leur vaut d’ailleurs généralement une meilleure récompense ou une plus grande vente. En outre, les hôtels les mieux situés sont aussi les plus abordables, et de plus ils sont propres et très confortables. En résumé, la ville de Khajurâho m’a offert un répit bien apprécié après le tumulte des villes d’Agra et de Jaipur!

Un autre attrait de cette ville est qu’elle se laisse agréablement découvrir à vélo. J’ai passé la première journée à visiter des temples situés dans le sud et l’ouest de la ville, car ils sont un peu moins courus par les touristes. En ce qui a trait aux temples les plus connus, il vaut mieux se lever tôt pour éviter de se retrouver coincée dans la foule des groupes touristiques! La ville compte encore de nos jours un nombre particulièrement impressionnant de temples hindous et jain. À une certaine époque, il y en aurait eu plus de 80! En plus des temples encore debout, on peut voir dans la campagne environnante des traces d’anciens temples, sous la forme de ruines ou de talus partiellement excavés. On remarque également que bon nombre de maisons ont été construites en partie à l’aide de pierres provenant de temples.

La notoriété de la ville de Khajurâho provient en grande partie des sculptures à caractère érotique explicite que l’on retrouve dans certains de ses temples. Il ne faudrait toutefois pas croire que l’érotisme constitue le principal sujet des sculpteurs. S’il est vrai que les représentations de femmes dénudées aux formes voluptueuses sont omniprésentes, les scènes sexuelles explicites sont quand à elles plutôt rares et elles ne constituent pas le thème essentiel. Les murs tant extérieurs qu’intérieurs de ces temples à l’architecture effilée présentent un foisonnement de sculptures de tous genres et de toutes tailles qui représentent des Dieux, des animaux sacrés, des scènes de maternité ou de guerre, ou encore des motifs abstraits entrelacés… En soi, le simple fait de voir autant de temples réunis dans un espace aussi rapproché est déjà très impressionnant.

Il ne faut pas croire que le manque d’acces a un ordinateur serait suffisament pour arreter ma plume! En effet, celle-ci a tout simplement transferer sur un medium plus traditionnel: le papier et le crayon de plomb. Ce qui explique leur soudaine profusion sur le site! Je les ai poste en ordre chronologique de leur ecriture, par consequent, l’article le plus ancien se retrouve presentement sur la deuxieme page. Afin de les lire en ordre, il faut donc les lire « a reculons », ou suivre l’ordre des liens suivants:

  1. Darjeeling
  2. En montagne
  3. En foret
  4. En cuisine
  5. Arts et spectacles

La plupart n’ont pas encore ete corriges et accentues, je m’en excuse. J’espere que vous apprecierez tout de meme la lecture, et n’hesitez pas a me laisser des commentaires!

Bien que je sois redescendue sous des latitudes plus chaudes, mon arrivée à New Delhi fut comme une bouffée de fraîcheur dans mon voyage. En effet, de toute les villes indiennes que j’ai eu l’occasion de visiter jusqu’à présent, il s’agit de la plus « moderne ». Même s’il y a presque autant d’habitants à New Delhi qu’à Kolkata, puisque la superficie de la ville est beaucoup plus grande on y ressent moins la surpopulation qui peut être si oppressante ailleurs en Inde. Les Britanniques, qui voulait faire de cette ville la nouvelle capitale de l’Empire Britannique des Indes, ont tracé en grande partie le plan de la cité, de sorte qu’elle est beaucoup plus ordonnée que d’autres. De plus, on ne retrouve pas à New Delhi d’abris de fortune et de tentes, car ils sont davantage concentrés dans la partie plus ancienne de la ville, le « Old » Delhi, construite bien longtemps avant le « New ».

Dans cette ville, j’ai été accueillie à l’appartement de Sonia, une employée de SOPAR, et de son amie Dali. Sonia et Dali sont venues en Inde afin de se perfectionner en Kathak, une danse traditionnelle du Nord de l’Inde. J’ai donc eu droit à des spectacles « privés », pendant leurs répétitions, et elles m’ont permis de les accompagner à un récital offert en l’honneur d’un des plus grands artistes de l’Inde : Pt. Birju Maharaj.

Le Kathak est bien plus qu’une simple danse : c’est un exercice autant musical que corporel où les danseurs (conteurs) miment des textes sacrés. Des plus grands mouvements des bras et des jambes, au moindre déplacement ou hochement de la tête, jusqu’à la direction du regard, tout a une signification bien précise. Afin d’ajouter un élément rythmique à la danse, on fixe des rangées de clochettes aux chevilles des danseurs, et ces derniers produisent des claquements secs de la plante du pied. La danse engendre ainsi une musique qui est propre à chaque groupe de danseurs. Les danses les plus populaires rappellent l’histoire de divers « Dieux » hindous, ou parfois retrace des scenes de la vie courrante. Le spectateur averti reconnaît dans un petit geste de la main le Dieu Shiva qui joue de la flute, un arbre qui se balance dans le vent, un animal mythique comme le paon, symbole de l’Inde, ou encore un homme qui courtise une femme. Les variations sur un même thème sont infinies.

L’enchaînement de mouvements apparemment simples et de mouvements plus compliqués, le rythme produit par les clochettes, les claquements de pied et la musique des instruments typiquement indiens se combinent pour créer un ensemble absolument envoûtant qui est très impressionnant, même pour le néophyte. Pour devenir un danseur de Kathak accompli il faut, en plus de savoir danser, savoir jouer la comédie et chanter à la perfection. Pour certaines danses, il faut d’abord présenter le « rythme » sur lequel les pas seront exécutés. Cette danse traditionnelle demeure très populaire en Inde et on l’intègre souvent aux films à succès de Bollywood, quoique dans ce cas le sens symbolique de la danse soit complètement évacué au profit de son aspect strictement visuel.

On ne peut veritablement decouvrir un pays en profondeur qu’en explorant sa culture ; et tres souvent la nourriture est une importante part de celle-ci. Cette affirmation s’applique particulièrement bien à l’Inde, dont la cuisine contribue fortement au dépaysement du visiteur. En effet, difficile de ne pas se sentir deboussolé lorsque l’ont se retrouve devant un menu comprenant des plats portant des noms tel que de dosa, paneer, dal, masala, pickles ou autres qui, même lorsqu’ils semblent familiers, cachent souvent de grandes surprises. Heureusement, pour vous guider dans votre choix, le menu est généralement divisé en deux grandes catégories : « veg » et « non-veg ». Si vous avez de la chance, la catégorie « non-veg » pourra être subdivisée en « Mutton » (qui est en fait de la viande de chèvre), « fish » et… « food ».

Au petit déjeuner, on vous offrira généralement un mélange de légumes salés bouillis, de la purée d’arachide et/ou de pois chiches, ou autres plats bien épicés. Les pauvres petits occidentaux que nous sommes avons rapidement battu en retraite pour nous rabattre sur des céréales additionnées de lait chaud (pasteurisé sur place) à 5,4 % de matière grasse. En ce qui a trait aux desserts, on nous offrait généralement des fruits : melons, pommes grenades (déjà égrainées), bananes et papayes. Au dire des autres Canadiens (je n’ai malheureusement pas souvenir d’en avoir mangées avant d’arriver ici), les papayes indiennes sont cent fois plus gouteuses que celles qu’on nous offre au Québec. La fraîcheur et la proximité y sont sans doute pour quelque chose. Les autres desserts « typiquement indiens » que nous avons eu l’occasion de goûter à Warangal étaient tellement assaisonnés à la cardamome (une épice originaire de Malabar) qu’il était difficile de les distinguer les uns des autres. Ces desserts sont aussi généralement très sucrés et légèrement vanillés. Pour ma part, je me suis concocté m’a propre recette de dessert. J’ajoute simplement du sucre au curd (yogourt nature) ainsi que des fruits ou du riz, ce qui me donne un goûter léger agréablement rafraichissant pour le palet!

Évidemment, d’une région à l’autre, la nourriture sera tout à fait différente et votre estomac devra repartir à zéro. Il y a cependant certaines constantes. Le riz notamment (particulièrement dans la partie sud de l’Inde) forme la base de la quasi totalité des repas, y compris ceux servis au petit déjeuner. On ajoute souvent au riz des « pickles » (légumes bouillis conservés dans le vinaigre), du curd ou du dal, sorte de bouillie de pois chiches qui se décline en autant de variantes qu’il y a de cuisiniers en Inde.

Si vous allez au restaurant, n’oubliez pas de demander spécifiquement que l’on vous apporte des ustensiles, lesquels se résumeront habituellement à une cuillère. ; mais il est aussi tres frequents qu’ils n’aient rien a vous offrir. Si toutefois un tel ustensile n’est pas disponible, ce qui est très fréquent, vous devrez faire comme les locaux. Commencez d’abord par bien vous lavez les mains (un lavabo ou un plat d’eau chaude additionnée de lime se trouve généralement à proximité), puis plonger hardiment votre main droite dans l’assiette. Melangez tout : sauce, legume, riz… ne soyez pas gené, mettez la totalité de la main a contribution (si vous avez besoin de tenir votre verre ou tenir votre assiette, vous pourrez toujours utiliser la main gauche. L’important, c’est de ne JAMAIS utiliser la main gauche afin d’apporter la nourriture a votre bouche). Faites tout ce que votre mère vous a toujours interdit, salissez-vous, amusez-vous ! Une fois que tout est bien melangé (mieux que ce qu’il ne sera jamais possible de faire avec des ustensiles, selon l’avis indien), faites de grosses boules de riz que vous enfoncer dans votre bouche grâce a votre pouce. Essayez, vous verrez : c’est facile, amusant et très salissant!

Encore une fois, j’ai eu un doute sur le moyen de transport que j’avais choisi. Était-ce vraiment judicieux de prendre l’autobus plutôt que le train? Bien sûr, c’était moins cher et plus pratique, mais du point de vue confort et sécurité, on repassera. Premièrement, cet autobus est une véritable machine à vibrations et l’espace manque cruellement; deuxièmement, la durée du trajet est tout aussi longue si l’on tient compte des nombreux arrêts pour prendre le thé (« chai ») et pour le dîner (soit une durée totale de 8 heures); et troisièmement, le conducteur conduit conformément aux règles de conduite indiennes (voir l’un de mes premiers articles), et ce, malgré le fait que les routes sont particulièrement étroites, dans un piteux état, et que le moindre dérapement risque de nous expédier au bas de la montagne, par la voie la plus directe, à plusieurs centaines de mètres en contrebas. Étant assise près de la fenêtre, je peux vous assurer que je surveillais le bord des précipices de très près! Je suis néanmoins arrivée à destination en un seul morceau, et j’en remercierai les Dieux indiens dans le prochain temple que j’aurai l’occasion de visiter… Neanmoins, je me suis rendue, et en un seul morceau – c’est l’important, n’est-ce pas ?…

De plus, j’ai enfin pu d’apercevoir cette fameuse « Inde sauvage », celle de Kipling, dont je commençais sérieusement à douter de l’existence. En effet, comment des animaux tels que des tigres ou des éléphants pourraient-ils vivre en liberté dans un pays ou même les montagnes semblent être surpeuplées? Il est vrai que j’avais effectué de nuit la plus grande partie du trajet entre Hyderabad et Kolkata, ainsi qu’entre Kolkata et Siliguri. Les inconforts de ce long trajet en autobus en valaient donc la peine, car j’ai finalement eu l’occasion de voir certains des plus beaux paysages sauvages de mon voyage. La superbe (bien que quelque fois un peu effrayante) vallée sous Darjeeling, la jungle luxuriante, des rivières époustouflantes, ainsi que de véritables armées de singes!